> Des références aux modèles d’apprentissage
Dans une deuxième partie, l’auteur s’intéresse aux modèles d’apprentissage et réaffirme les particularités du paradigme d’apprentissage. Il s’appuie notamment sur les propos de Michel DEVELAY pour affirmer qu’apprendre relève d’un processus de construction « Apprendre c’est se construire du pouvoir par du savoir ». Il se réfère explicitement aux modèles constructivistes et socioconstructivistes. Les réseaux et les possibilités de converser avec des experts permettent désormais de développer plus facilement les travaux coopératifs et d’accéder plus facilement aux sources d’information.
> Redéfinir les rôles de chacun
Jacques Tardif développe ensuite l’idée de pédagogie de projet en précisant les rôles de chacun dans une dynamique commune d’apprentissage : celui des enseignants qui visent prioritairement l’évolution et le développement des élèves, en plaçant tout d’abord les programmes sur un second plan nonobstant la nécessité de les appliquer au mieux. Celui des élèves, qui pour lui doivent se considérer comme des « investigateurs », des « coopérateurs », et même des clarificateurs de connaissances. Pour les faire évoluer vers ces nouvelles attitudes, l’auteur nous demande de discuter avec les élèves et de leur expliquer clairement ce qu’on attend d’eux.
Jacques Tardif réaffirme à plusieurs reprises que l’apprentissage est extrêmement complexe, d’où la nécessité de placer les élèves devant des situation de recherche riches et variées et complexes. Cependant il insiste sur la construction de la démarche de l’enseignant et sur les « moments cruciaux » que le pédagogue doit s’efforcer de mettre en place. Ainsi des temps spécifiques de structuration, de réflexion, de contextualisation, et de métacognition doivent être préparés par l’enseignant afin de garantir la construction de compétences du côté des élèves.
> Une évaluation enchâssée dans l’apprentissage
Jacques Tardif finit d’exposer sa théorie en proposant une évaluation alternative ou « authentique ».
Il plaide pour une plus grande cohérence entre l’apprentissage et l’évaluation. C’est pourquoi il ne veut pas séparer les temps d’apprentissage avec les temps d’évaluation. Il souhaite des évaluations de compétences et non pas de connaissances. Il revendique des évaluations contextualisées car elles contribuent à ce que les élèves développent encore davantage les compétences et les connaissances. Les tice offrent des outils pour aider les élèves à produire des productions de qualité car ils peuvent inclure du texte, des images et du son. Elles permettent de dépasser les limites de l’écrit et fournissent aux élèves un haut degré de créativité. L’auteur souligne alors que de telles productions induisent des jugements valorisant et favorables à la construction d’une bonne estime de soi. Par conséquent, les enseignants doivent intégrer de nouveaux objets d’évaluation et de nouveaux critères.
> Regards sur une pratique
La dernière partie du livre relate une expérimentation menée par deux enseignantes dans une école primaire canadienne. L’auteur décrit rapidement le projet mené par les enseignantes qui placent leurs élèves en face de situations d’apprentissage complexes. Il en définit les grandes lignes et montre en quoi leur projet s’inscrit dans la théorie qu’il propose.
> Conclusion
En conclusion Jacques Tardif soutient qu’un changement de paradigme pédagogique est indispensable, voire inévitable. L’école doit être repensée pour devenir un lieu de développement de compétences, en collaboration avec des pairs et des enseignants.
Intégrer les Nouvelles
Technologies de l’Information
Quel cadre pédagogique ?
Jacques TARDIF
avec la collaboration d’Annie PRESSEAU
Collection Pratiques et Enjeux pédagogiques
ESF éditeur, Paris, 1998
Jacques Tardif signe ici son deuxième ouvrage. Il sera suivi d’un troisième sur le transfert des apprentissages. Psychologue de l’éducation, il enseigne à l’Université de Sherbrooke (Canada). Il s’intéresse à la construction du sens dans les apprentissages. Il travaille avec le monde scolaire et y participe en tant que formateur. Il a écrit un premier ouvrage en 1992 qui apportait un éclairage sur les apports de la psychologie cognitive pour l’amélioration des stratégies d’enseignement.
Il milite pour la démocratisation des apprentissages et une évolution radicale de l’école. Il pense que l’arrivée des TIC peut induire des changements dans les pratiques pédagogiques à condition que les enseignants passe d’une logique d’enseignement à une logique de l’apprentissage. Il soutient que les transformations requises dépassent largement les retouches de surface et qu’elles doivent résulter d’un changement paradigmatique.
Présentation de l’auteur
Champs de recherche :
> Le développement de l’expertise professionnelle en milieu postsecondaire.
> L’intégration des T.I.C dans des situations d’apprentissage axées sur le développement de compétences.
> Le transfert des connaissances et le développement de compétences.
Source : http://www.ac-grenoble.fr/occe26/printemps/tardif/
Publications :
> Le transfert des apprentissages, Montréal, Ed. Logiques, 1999
> Intégrer les nouvelles technologies de l’information, ESF, 1998 Pour un enseignement stratégique.
> L’apport de la psychologie cognitive, Montréal, Ed. Logiques, 1992
« Intégrer les nouvelles technologies de l’information - Quel cadre pédagogique ? » paraît alors que l’intégration des TICE fait débat et rencontre scepticisme et résistance de la part du monde enseignant. Pourtant, le livre est particulièrement bien accueilli en France par les pédagogues qui commencent à réfléchir à l’intégration raisonnée des NTIC.
En 1998, les établissements scolaires répondent aux injonctions ministérielles et s’équipent de plus en plus de matériel informatique. Les écoles, les collèges et les lycées doivent être connectés à la toile. Les enseignants doivent acquérir de nouvelles compétences pour utiliser les ordinateurs. Le livre de Jacques TARDIF met l’accent sur l’intérêt de ces nouvelles technologies en matière d’enseignement. Il apporte des arguments en faveur des promoteurs des NTIC. Mais il s’intéresse plus aux usages qu’aux outils en soulignant que l’école doit profiter de l’arrivée des technologies de l’information pour repenser la pédagogie. Celles-ci sont de nature à répondre à la complexité de l’acte d’apprendre.
Dans bien des cas, selon lui, le recours aux TIC permet soit de créer des situations d'apprentissage impossibles ou difficiles à réaliser dans un contexte traditionnel, soit de rendre la tâche d'apprentissage plus facile, plus motivante ou plus efficace : les TIC de part la richesse potentielle et la quantité d’informations qu’elles fournissent, apporteraient une plue value à l’acte d’enseigner et rendraient les apprentissages plus signifiants.
Il affirme que l’ignorance de ces nouveaux moyens « constituerait une forme de cécité irresponsable sur le plan professionnel ».
Son ouvrage fournit des éléments de réflexion et des pistes à suivre pour le pédagogue qui souhaite intégrer de façon raisonnée les nouveaux outils.
Ce point de vue peu formalisé jusqu’alors conforte les enseignants « précurseurs » en France et renforce l’idée que les TICE peuvent être une occasion historique pour changer la façon d’enseigner.
Jacques Tardif est chercheur en psychologie cognitive. Il expose ici sa conception cognitiviste de l'enseignement apprentissage. Il s’appuie sur une expérimentation menée dans une école avec deux enseignantes dont les démarches d’enseignement sont centrée sur les démarches cognitives des élèves plutôt que sur l’enseignement frontal ou magistral. Cette expérience est évaluée en fin d’ouvrage ; Il fait d’ailleurs apparaître avec clairvoyance les écarts et les proximités entre la théorie et la pratique. Tout au long de son ouvrage il cite des adresses de sites web susceptibles d’illustrer ses propos dans le domaine de l’information et de l’illustration des connaissances que les élèves doivent acquérir.
> Une opposition de 2 concepts
Le livre souligne tout d’abord que l’école n’atteint pas les finalités et les objectifs qu’elle promeut, à savoir la démocratisation de l’apprentissage. Dans une première partie Jacques Tardif développe une opposition entre deux concepts : celui de l’enseignement et celui de l’apprentissage. Il oppose ces deux concepts selon plusieurs critères. La place de l’enseignant, les relations de élèves au savoirs, les sources d’information.
Pour Jacques Tardif, il faut effectuer un changement radical de paradigme afin de générer un changement inédit : il faut passer du paradigme d’enseignement au paradigme d’apprentissage. Pour y parvenir, l’enseignant doit créer des environnements pédagogiques susceptibles de provoquer des apprentissages signifiants chez les élèves.
En cela il émet l’idée que les NTIC peuvent être source d’information, d’acquisition de connaissances et de mises en œuvre de compétences. Jacques Tardif souligne cependant les risques liés à une utilisation non raisonnée des NTIC : le risque pour l’école de devenir seulement un lieu de consultation des savoirs au détriment de la construction de connaissances.
Il termine cette première partie en énonçant quelques points de vigilance :
la formation des enseignant doit aussi s’inscrire dans la logique de l’apprentissage, le matériel nécessaire doit être suffisamment disponible, la logique disciplinaire doit perdre de sa prédominance.
Cet ouvrage apporte un intérêt plus par sa théorie d’opposition entre enseignement et apprentissage que par ce qu’il propose dans le domaine de l’utilisation des TICE.
Il est vrai qu’au moment de sa sortie (1998) l’école est loin d’avoir intégré les TICE comme elle le fait de plus en plus désormais. Le titre du livre est alors légèrement trompeur, pour peu qu’on en attende un exposé détaillé de la typologie des utilisations possibles de l’informatique en classe. En effet, peu de dispositifs pédagogiques intégrant les TICE sont évoquées, si ce n’est la consultation de sites internet pour le recueil d’informations et la production de documents multimédias par les élèves. L’enseignant en attente de propositions novatrices risque d’être un peu déçu.
En revanche, le pédagogue convaincu de la pertinence des modèles pédagogiques dits « constructivistes » et « socio-constructivistes » sera attentif aux propos de Jacques tardif. Celui-ci défend avec vigueur son point de vue sur l’apprentissage. Sa priorité est donc d’exposer l’idée qu’il se fait de la profession d’enseignant et des nouvelles postures attendues.
Appréciation de l’ouvrage
L’informatique est pour lui seulement un outil au service de l’acte d’apprendre. Il n’évoque malheureusement pas les limites et les obstacles rencontrés par les enseignants sur le terrain, à savoir les déficits d’équipement ou de formation technique pour le développement des usages. Il pourrait aussi évoquer davantage les formations initiales et continus des enseignants et des , acteurs principaux de l’innovation.
Le livre de Bruno Devauchelle (Multimédiatiser l’école ? Enseignement et formation à l’heure numérique, Hachette éducation, 1999) nous semble un complément intéressant à la lecture de celui de Jacques Tardif. Bruno Devauchelle fait des propositions pratiques d’utilisation des ordinateurs en classe, sans omettre de poser les questions pédagogiques sous-jacentes et les modèles auxquels les utilisations nous renvoient.
Alain Larhant